De l’hyperconnexion à la déconnexion : pourquoi les entreprises ont le spleen ?

Qui l’aurait cru ? Il y a une décennie encore, la nouvelle ère du numérique flamboyait et était perçue comme une prodigieuse opportunité par les entreprises. Les salariés se pavanaient alors fièrement en costume, sacoche d’ordinateur portable à la main et les yeux rivés sur leur Smartphone. Symbole du « jeune cadre dynamique », l’hyperconnexion était la recette miracle à tous les maux du monde professionnel.

Tout s’est déclenché en 1995, lorsque les premiers emails ont fait irruption dans notre quotidien. Puis en 1996, les premiers forfaits téléphoniques sont arrivés. Nos vies ont commencé à se métamorphoser, plongées dans une nouvelle ère sociale et communicationnelle. Le numérique s’est trouvé à son apogée avec la démocratisation des Smartphones en 2005.  Pour boucler la boucle, l’avènement des réseaux sociaux ont enfin influencé notre relation au temps : nos vies se sont accélérées autour d’une surabondance d’informations qui défilait à chaque moment où nous ouvrions l’un de nos appareils connectés.

Depuis, les codes ont changé en entreprise. Il y a d’abord eu ceux qui avaient le droit au portable de fonction, accédant à leur boite mail en dehors de leur lieu de travail. Ces chanceux qui pouvait envoyer un email à leur équipe le soir chez eux lorsque, prêts à s’endormir, les idées fusent : quel bonheur d’envoyer la todo list du lendemain ! Ce sera ça de moins à faire demain matin.

Sauf que non. Aussi rapidement que le numérique a fait son entrée dans nos vies professionnelles, les voix se sont élevées. Car si au départ, chacun aspirait à cette délicieuse autonomie, le piège s’est innocemment refermé sur ses victimes. Salariés, managers, responsables, tous se sont retrouvés coincés dans cette course sans fin à celui qui répondrait le plus vite, le plus tard ou le plus tôt dans la journée. Le cadre personnel, jusqu’alors épargné, s’est trouvé immiscé à son insu au sein d’une compétition professionnelle à l’effet pervers.

L’état des lieux, que dressent de récentes études, est éloquent. 74% des cadres français déclarent se connecter à leur entreprise de chez eux. Le week-end et pendant les vacances, ils sont près de 77% à répondre à leurs mails. Ils passent l’équivalent de 99 jours par an à consulter leurs mails. Près de 4 français sur 10 utilisent leur ordinateur, leur tablette ou leur Smartphone le soir dans leur lit ; et plus inquiétant encore, 16% des Français utilisent leur téléphone dans les cinq minutes après leur réveil, 42% dans les trente premières minutes et 59% dans l’heure.

L’impact des nouvelles technologies sur nos vies est immense. Le monde professionnel n’en est pas épargné : depuis, on parle de burn-out, de sur-connexion et de santé mentale au travail. La qualité de vie au travail et l’équilibre vie professionnelle et vie personnelle sont devenus des sujets récurrents au sein des entreprises. Les entreprises ont l’obligation depuis le 1er janvier 2017 d’organiser au mieux l’usage des outils de communication modernes entre salariés, avec le droit à la déconnexion.

H4D

Sources

Enquête Cadreo 2014 – Vie pro / Vie perso des cadres

Baromètre National sur la Qualité de Vie au Travail dans l’ESS 2017